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Mithriaca IV. Le Monument d'Ottaviano Zeno et le culte de Mithra sur le Célius

Maarten Jozef Vermaseren

M. J. Vermaseren, Mithriaca IV. Le monument d'Ottaviano Zeno et le culte de Mithra sur le Célius. - Leiden, E. J. Brill, 1978. - 24 χ 15,5, ix +, 64 p., 1 frontispice, 1 fig. dans le texte, 38 pi. d'ili, h. t., index. EPRO t. 16.
 
M. J. Vermaseren, Mithriaca IV. Le monument d'Ottaviano Zeno et le culte de Mithra sur le Célius. - Leiden, E. J. Brill, 1978. - 24 χ 15,5, ix +, 64 p., 1 frontispice, 1 fig. dans le texte, 38 pi. d'ili, h. t., index. EPRO t. 16.

Ce IVe fascicule de Mithriaca concerne un très curieux monument exhumé au XVIe siècle sur le site d'un Mithraeum romain qu'on localise tout près de l'église S. Maria in Domnica, non loin de S. Stefano Rotondo où un autre spelaeum fut mis au jour en 1973. Il s'agit d'un exemplaire en haut relief de Mithra tauroctone entre deux arbres portant respectivement une torche levée à côté d'une tête de taurillon et une torche abaissée à côté d'un scorpion. Face à un crabe, un autre scorpion s'attaque aux parties génitales du taureau. Les dessins anciens nous montrent la scène sous une sorte de linteau sculpté où, entre les chars du Soleil et de la Lune, se voient sept autels allumés accompagnés de glaives dans leur fourreau ; à gauche du quatrième et du dernier autels (en partant de la droite), on discerne deux figures humaines ligotées dans les spires d'un serpent. Les mêmes dessins anciens figurent à gauche de la tauroctonie deux reliefs superposés représentant Cautès et Cautopates.

M. J. Vermaseren nous conte l'histoire de ce document assez exceptionnel (p. 1-24), avant d'en étudier la signification (p. 25-53). Signalé en 1562 dans la Collection d'A. Magarozzi (dans la vigne duquel on l'avait découvert « sul Monte Celio presso à Santo Stefano »), il se trouvait peu de temps après chez Ottaviano Zeno, à l'époque où A. Lafréri en donna un dessin dans son Speculum Romanae magnificentiae. On retrouve le même dessin dans le Codex Pighianus de Berlin (Pighius fut à Rome de 1549 à 1557). Les reproductions du XVIIe et du xvme siècles dépendent de ce premier dessin, qu'elles rééditent avec des inexactitudes toujours aggravées. En 1815, J. G. Eichhorn (dont le commentaire est d'une minutie tout à fait remarquable pour l'époque) attribue les reliefs à la Collection Borghése. Qu'en est-il advenu ?

L'auteur a identifié les deux dadophores figurés à gauche dans les réserves du Louvre : ils sont encastrés dans la base d'une statue de Pan, comme l'atteste déjà Clarac dans son Musée de Sculpture paru de 1841 à 1853. Le dessin du xvic siècle représentait donc un agencement de plusieurs pièces. Plus récemment, M. J. Vermaseren pense avoir retrouvé le relief principal (la tauroctonie) au Brésil, dans le Musée d'Archéologie de l'Université de Säo Paulo. G. Bezzi l'avait acquis (on ne sait où) à la fin du siècle dernier et sa petite-fille l'a vendu au Musée. Les détails concordent, sauf sur quelques points plutôt mineurs qui tiennent à la part d'interprétation du premier dessinateur. Au vu des photos, cette sculpture est d'une qualité notable (vivacité, fraîcheur et souplesse). L'auteur l'impute à un atelier romain qui l'aurait ouvrée « à la haute époque de la renaissance du temps d'Hadrien ». Je me demande si on ne peut pas remonter plus haut, jusqu'aux années 90-100.

Quoi qu'il en soit, la frise aux sept autels qui couronne la scène sur le dessin ne faisait pas corps, semble-t-il, avec la tauroctonie et pourrait avoir été encastrée dans la niche cultuelle, au-dessus de Mithra. Mais par lui-même et à lui seul, le relief principal est un hapax mithriacum (p. 24).

Dans le chapitre consacré à l'explication du monument, M. J. Vermaseren ne se contente pas de tenir compte des recherches récentes et d'en discuter. Il restitue la sienne et celles de ses contemporains dans une histoire des exégèses de la tauroctonie et des études mithriaques en général. Esquissant la problématique actuelle du dossier, il insiste opportunément sur la marge d'ignorance (encore infranchissable) qui sépare du Mithra iranien ce que nous savons du Mithra gréco-romain. A ceux qui croient avoir découvert l'interprétation astrologique de la tauroctonie, il rappelle que J. Starcky et F. Cumont en avaient déjà fait état, après G. Zoega et K. B. Stark... Mais F. Cumont n'assignait au symbolisme astral qu'une « importance secondaire ». Dans le cas précis du relief Magarozzi-Zeno, la présence du crabe sur les testicules de la victime n'autorise guère à exploiter les spéculations astrologiques relatives à l'influence particulière du Scorpion sur ces organes. On ne peut faire valoir l'opposition du Taureau et du Scorpion qu'à propos des deux arbres qui encadrent la scène, et F. Cumont n'y avait pas manqué. Ces arbres sont associés aux deux dadophores sur le relief de Bologne. Mais on connaît aussi des images de Cautès et Cautopates tenant respectivement une tête de taureau et un scorpion (ou juxtaposés à un taureau et à un scorpion). Cependant, sur l'exemplaire Torlonia la relation est inversée (c'est à Cautès qu'est associé le scorpion, à Cautopates le taureau) : inversion déconcertante qui militerait contre l'hypothèse d'un mithriacisme strictement univoque.

Comme l'avait conjecturé F. Cumont, les deux signes peuvent coïncider avec le printemps et l'automne qui, chez les Romains, commençaient le 7 mai et le 7 novembre. Mais il n'y a pas lieu d'élucider la présence et surtout la position de tous les animaux sur la base d'un symbolisme astronomique, et sur ce point l'auteur fait une critique pertinente de S. Insler (A new interpretation of the Bull- Slaying motif Homm. M. J. Vermaseren, II, Leiden, 1978, p. 519 sqq.) : ni le crabe ni le lion ni le serpent ne peuvent se déchiffrer indubitablement dans cette optique. Même « l'explication possible de la mort du taureau par la mort du signe astral » (p. 45) ne s'impose pas de toute évidence, quoi qu'elle ait pu effleurer l'esprit de certains mithriastes.

M. J. Vermaseren discute aussi le commentaire que M. Simon a donné du vers de S. Prisca : Et nos servasti eternali sanguine fuso. Pour le savant français, l'épithète (ajeternalis indiquerait que le sang du taureau immolé confère l'immortalité aux convives du repas sacramentel, et l'on pourrait conclure à

une influence chrétienne sur le culte de Mithra. L'auteur n'y croit pas, et il faut bien reconnaître qu'aucune preuve décisive n'étaye cette supposition. Quant aux sept autels allumés (qu'on retrouve ailleurs, au-dessus ou au-dessous de la tauroctonie), Vermaseren les met en relation avec les planètes, comme on le fait d'ordinaire (et comme le faisait déjà Eichhorn : p. 15). La présence des glaives confirme la signification évidemment sacrificielle de ces autels. Mais sur d'autres monuments, on les voit associés à des arbres et à des bonnets phrygiens. Pour F. Cumont, l'autel, le pileus, le glaive et l'arbre figureraient allégoriquement les quatre éléments, dont les planètes sont composées comme le monde sublunaire (MA/M, I, p. 11 7), mais son exégèse est d'autant moins démonstrative que le monument Magarozzi-Zeno (entre autres) ne nous montre que l'autel et le glaive, soit deux éléments sur quatre !

Tout aussi difficile est l'identification des deux personnages enlacés chacun dans les replis d'un serpent : G. Zoega y a vu le Temps et Aiôn ; M. J. Vermaseren est tenté d'interpréter la figure ailée comme un Caelus Aeternus « mis à la place de Jupiter », l'autre (à gauche) comme un Saturne. Mais cette dernière représentation ferait alors double emploi avec l'autel symbolisant la planète du même nom ? Il s'agit incontestablement d'une personnification du Temps, mais c'est ici son dédoublement qui fait problème : Temps ailé au milieu, aptère à gauche.

Pour l'éminent spécialiste de Mithra qu'est Vermaseren cette publication est l'occasion de reconsidérer certaines questions de fond avec beaucoup de science et de sagacité. L'illustration est excellente (sauf peut :etre les reproductions faites d'après les planches de F. Cumont). Les réviseurs sont passés un peu vite sur telles omissions mineures, sur quelques rares orthographes ou formulations inadéquates. Il faut lire p. 14, ligne 12 ardentem ; ligne 14 Tellurem ; ligne 23 cursu ;p. 51, ligne 18, denier (et non « dénaire »). Ce ne sont là que vétilles, car sous un petit volume ces Mithriaca IV nous apportent une documentation élégamment présentée et intelligemment traitée dont le détail importe à une meilleure compréhension du culte persique.

Robert TURCAN

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