This site uses cookies. By continuing visiting this site, you agree to their use.
To find out more, including how to control cookies, see our privacy policy.

 
Enter
 
Monumentum

Mithraic bas relief of Arsha wa Qibar

Tauroctony found at Arsha wa Qibar, Syria.
 
 
Mithraeum.eu
28 Dec 2020
 

Tauroctony of Arsha wa Qibar
M. Seyrig

 
Les monuments mithriaques découverts en Syrie sont jusqu'ici très peu nombreux et tous de date tardive. Lorsque, à la fin du siècle dernier, je m'occupai de les réunir, je ne pus recueillir de preuves de la présence du dieu perse que sur la côte de Phénicie, où il paraît avoir été introduit sous l'empire romain par les marchands : le beau mithréum de Sidon, dont les marbres, datés de 188 ap. J.-C, ont passé dans la collection De Clercq ; une inscription des environs de Tortose, où le nom de Mithra a été restitué avec vraisemblance par Kenan, et qui est de Tan 208. Pour Antioche, on ne pouvait citer que le témoignage douteux d'une légende hagiographique. Les noms de Mithrès ou de Mithradate, portés par des Syriens, étaient des indices encore moins sûrs(4).

La découverte que fit connaître Butler, en 1916, d'un bas-relief de Mithra tauroctone, exhumé des ruines d'un temple de Doushara (Dusarès) à Sî (Seeia), dans le Haurân, apporta la preuve que le dieu dont les soldats avaient largement répandu les mystères le long du Danube et du Rhin, s'était aussi établi à la frontière orientale de l'Empire.

Mais entre la côte de la Méditerranée et le limes, sur toute l'étendue de la Syrie, prise au sens le plus large, une tache blanche, vide de tout nom, s'étendait sur la carte de la diffusion du culte persique.

Cependant, il est infiniment probable que le dieu iranien avait pénétré dans ce pays avant même d'être transporté en Occident. Car Bérose nous apprend qu'Artaxerxès Ochus fonda à Damas un temple de la déesse Anâhita, qui déjà dans ses inscriptions des Achéménides est étroitement unie à Mithra. Sous cette dynastie, les colonies de mages, ou, pour leur donner leur nom sémitique, de maguséens (pœymxrami) , étaient puissantes en Babylonie comme en Cappadoce ; il serait invraisemblable qu'elles n'eussent pas essaimé aussi dans la Syrie du Nord. Plus tard, au temps des diadoques, nous trouvons en Commagène des rois qui prétendaient faire remonter à Darius leur origine et qui pratiquaient un mazdéisme hellénisé, dont Mithra-Hélios-Apollon-Hermès était une des principales divinités syncrétiques. Enfin, les pirates de Cilicie, vaincus par Pompée, pratiquaient les mystères de ce dieu mazdéen, et Tarse resta toujours un des foyers de la dévotion envers lui. On pouvait donc s'attendre à ce que le culte exotique se fût aussi introduit entre l'Aman us et FEuphrate dans une région toute voisine de la Commagène.

La preuve vient d'en être fournie par le bas-relief (L.: 0 m. 98 ; H.: 0 m. 54). Comme beaucoup d'autres antiquités de la Syrie du Nord, il a été recueilli par le capitaine Larrieste, qui l'a trouvé, en 1932, à Arsha-wa-Qibar, sur la rive gauche de l'Afrïn (Chalus), près d'un pont au delà duquel la roule romaine venant d'Antioche bifurquait, conduisant vers le Nord à Cyrrhus et en Commagène, vers le Nord-Est à Zeugma et en Mésopotamie. Près d'un nœud aussi important de voies de grande communication, il n'est pas étonnant que la religion étrangère ait pu prendre pied. L'absence de toute inscription ne nous permet pas de savoir si elle fut pratiquée par des esclaves importés d'Orient, des marchands qui trafiquaient en ce lieu ou des soldats qui occupaient ce point stratégique. La grossièreté du travail de ce monument votif tend à faire croire qu'il a été consacré par de petites gens.

L'excellente photographie que je dois à M. Seyrig permet de distinguer à peu près tous les détails de cette œuvre maladroite. Dans un encadrement rectangulaire, on voit, au milieu, Mithra immolant le taureau dont il saisit une corne de la main gauche, tandis que de la droite il lui enfonce un couteau au défaut de l'épaule. L'inexpérience du sculpteur a produit un dieu ridiculement petit, non terrassant sa victime, comme il le devrait, en pesant d'un genou sur son garrot, mais perché à genoux sur son échine. Il est vêtu, comme de coutume, d'une tunique à manches, d'un pantalon, peu reconnaissable, et d'un manteau qui flotte derrière ses épaules, et il a la tète coiffée d'un bonnet phrygien, mais son visage a été mutilé par quelque musulman, comme celui de tous les autres personnages. Le taureau n'a pas, comme de coutume, la queue dressée dans un spasme douloureux ; elle se recourbe entre ses pattes postérieures. Derrière l'animal sacrifié, se dresse un gros serpent, dont la tête plate apparaît contre le bord inférieur ; il ne boit donc pas le sang coulant de la blessure. Le scorpion paraît avoir été omis. Le corbeau vole à droite vers la tète du dieu tauroctone et semble lui parler à l'oreille : c'est sur l'ordre de ce messager du Soleil que l'immolation s'accomplit. Dans les coins supérieurs, on voit, selon la règle ordinaire, à gauche, le buste du Soleil radié, et à droite, celui de la Lune dans un croissant.

La scène centrale est comme encadrée par les deux dadophores tenant verticalement, l'un de la main droite, l'autre de la main gauche, une grande torche, dont on ne distingue plus la flamme. De la main restée libre, chacun saisit un objet ovoïde, peu reconnaissable, qui me paraît être un vase. M. Seyrig y voit une patère présentée de face avec maladresse. Les deux porte-flambeau feraient donc une libation, motif qui serait nouveau. La loi de l'isocéphalie a fait représenter ces deux acolytes non comme des enfants, mais plus grands que Mithra lui-même. Ils portent, comme lui, une tunique serrée à la ceinture et un pantalon, mais on ne distingue pas leur manteau et ils ont la tête coiffée d'un bonnet phrygien, dont les fanons s'écartent à droite et à gauche.

L'intérêt de ce pitoyable morceau de sculpture est de nous montrer que, malgré certaines différences de détail, il reste fidèle au type du Mithra tauroctone avec les animaux, les dadophores, le Soleil et la Lune, tel que nous le connaissons en Occident par une multitude de bas-reliefs. Cette image hiératique, partout reproduite, a été créée en Asie Mineure à l'époque hellénistique en utilisant le type de la Niké (SovSwovaac, imaginé par l'art grec du Ve siècle. Elle a été reproduite partout où des mystes adoraient le dieu mazdéen, et cette uniformiié est la meilleure preuve de l'identité générale du culte mithriaque dans les diverses régions de l'Empire. Mais les variantes de notre ex-voto, notamment dans la disposition des dadophores, prouvent que cette œuvre ne dérive pas de quelque modèle occidental, mais remonte à l'archétype commun de toutes les représentations du dieu tauroctone. Les mystères de Mithra, nés selon toute probabilité en Asie Mineure, se sont propagés, d'une part, en Europe, de l'autre, en Syrie, où une ancienne diffusion du mazdéisme avait, en certains lieux, préparé les esprits à les accueillir.


Franz Cumont

Extrait de la revue Syria. Archéologie, Art et histoire. Année 1933 14-4 pp. 381-395

Comments

Add a comment

 

Mithraeum.eu is powered by Enkidū