Mithréum de Bordeaux
TNMM 18
Le Mithraeum se trouvait au centre de l’emprise de la fouille, sous le cloître du couvent des Grands Carmes, dont les fondations ont provoqué de nombreuses perturbations.
La découverte de ce sanctuaire est exceptionnelle et ne doit en fait sa sauvegarde qu’au principe même de sa construction.
Il s’agit d’un bâtiment enterré. La partie du socle calcaire est décaissée sur une hauteur maximale de 2,60 m. La construction est orientée sensiblement nord-sud, suivant l’axe déjà défini par l’habitat privé pré-existant. Le bâtiment occupe une surface d’environ 200 m2. Il se présente comme une construction sub-rectangulaire, flanquée d’une pièce annexe au sud.
Les murs sont en opus mixtum : parements de pierres de petit appareil régularisés par des arases de briques, de part et d’autre d’un blocage avec des chaînages d’angle en moyen appareil. Sur le mur nord de la salle principale revêtu d’un enduit, figuraient des vestiges de peinture à motifs géométriques (bandes rouges et jaunes) ou symboliques (sortes de flammes dans l’axe de la nef).
La salle principale mesure extérieurement 18,40 m de long sur 10,30 m de large excepté sur son côté sud-ouest où le mur se présente en pan coupé.
Elle se divise en trois parties : une nef centrale, partie la plus large (4 m) et deux banquettes latérales de largeurs irrégulières (2,50 m à 2,90), surélevées en moyenne de 0,77 m au-dessus du sol de la nef.
Aucun aménagement intérieur ne subsiste. Néanmoins, les observations archéologiques permettent d’établir certaines données.
Un escalier de dix marches (dont l’arrachement se voit nettement sur l’enduit du mur) dans l’angle nord-ouest, permettait de descendre dans cette salle. Une série de supports, de section carrée, rythme les banquettes comme en témoignent les bases de deux d’entre eux encore en place.
Trois aménagements particuliers sont à noter :
- Le centre de la banquette orientale est excavé jusqu’au niveau du sol de la nef. Des rainures disposées à angle droit, enduite de mortier, suggèrent l’existence d’une structure légère aménagée au-dessus d’un système de deux trous tronconiques.
- Un petit podium est édifié au sud contre la banquette occidentale et le mur de la pièce annexe.
- Deux trous de poteaux sont pratiqués en vis-à-vis sur les banquettes, au sud, à environ 1 m des murs.
- Une porte étroite (0,80 m) désaxée par rapport à la nef, ouvre au sud sur la pièce annexe.
La pièce annexe est de petites dimensions (extérieurement 4,70 x 3,30). Son sol est surélevé par rapport à celui de la nef, mais à la même hauteur que celui des banquettes. Dans un premier temps, cette pièce surélevée ne devait être qu’un simple podium sur lequel était présenté la statue mithriaque.
L’originalité du sanctuaire réside dans ses dimensions qui le classent dans la catégorie des grands Mithraea de Gaule romaine. Sa conception n’est pas originale mais reprend des données caractéristiques :
- Le bâtiment est presque complètement enterré.
- Une division tripartite de l’espace est soulignée par la présence de piliers sur les banquettes et reprise au niveau du plafond.
- Il comprend une sorte de niche surélevée au fond de la nef ; une disposition similaire existe dans de nombreux sanctuaires : en Allemagne (Koenigshoffen, Wiesbaden, Trier), en Alsace (Biesheim), en Italie (Ostie), en Grande-Bretagne (en forme d’hémicycle à Londres).
- Dans ce sanctuaire, le culte de Mithra n’est associé à celui d’aucune autre divinité. Le Mithraeum a été conçu dès le départ comme tel, il ne s’intègre pas dans une construction pre-existante, comme c’est parfois le cas ailleurs.
Nous ne possédons aucun éléments chronologique significatif pour dater la construction du bâtiment. Cependant, un lot de monnaies, trouvé dans la pièce annexe sous la plinthe, marquant le niveau du sol disparu, atteste une occupation de la seconde moitié du IIIe siècle.
Après une première phase de destruction au cours de laquelle les sols des banquettes sont arrachés, le Mithraeum est réoccupé durant la première moitié du IVe siècle, pour être détruit dans le courant de la seconde moitié de ce même siècle.
Tous les matériaux périssables (bois) ou réutilisables (briques, tuiles…) sont systématiquement récupérés à l’exception du bas des murs et des statues. Toutefois, l’absence de taurochtone conduit à supposer qu’il a pu être dérobé, ou réduit à l’état fragmentaire puis dispersé.
Ces indices confrontés à l’étude stylistique des sculptures, permettent de supposer qu’il s’agit d’un Mithraeum relativement précoce, construit au début du IIIe siècle ap. J.-C., et démoli un siècle après.
References
- Le site de Parunis - le Mithraeum.
- Anne Ziegle (1988) Archéologia : Le Culte de Mithra au couvent des Carmes.
- Multiple authors (1998) Découvertes archéologiques sur le site de Parunis. De Mithra aux Carmes.







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