Fresco of a knight and a black figure from Hawarte
TNMM 223
Le mur mitoyen entre le vestibule et la pièce principale du Mithraeum de Haouarte a conservé une partie de ses peintures de part et d’autre du chambranle de la porte. Il y avait symétrie, apparente malgré la pauvre conservation du personnage de droite. Celui de gauche, en revanche, est préservé jusqu’à la taille et la partie inférieure du tableau est pratiquement complète. On y voit un cavalier vêtu d’un riche costume iranien à galons brodés, debout au-devant de sa monture. Devant le cheval est posé un autel métallique portatif, autour duquel s’enroule un serpent. À l’autre extrémité du tableau, est accroupi un personnage noir, tout nu, tenu en chaîne par le cavalier. Il a deux têtes, tournées en sens opposés, chacune prise dans un collier d’esclave.
Sans doute, un autre esclave bicéphale était-il enchaîné et conduit par le cavalier symétrique de l’autre côté du chambranle. Selon toute vraisemblance, il s’agissait encore une fois de démons maléfiques, maîtrisés par les deux cavaliers qui, malgré leur pantalon et leur tunique brodée, font figure des Dioscures. Ils gardaient apparemment l’entrée de la salle de réunion, pour empêcher les forces du Mal d’y pénétrer.
En attendant le dégagement de l’entrée, qui se faisait par l’orifice naturel de la grotte sous le bas-côté sud de l’église, on peut estimer sans grand risque que l’essentiel des peintures conservées nous est déjà connu. Avec le mithraeum de Haouarte, des aspects insoupçonnés du mithraïsme romain se révèlent à nous. Sont-ils particuliers à la Syrie, voire à la Syrie du IVe siècle ? Ou faisaient-ils au contraire partie du patrimoine commun des mystères, jusqu’à maintenant demeuré dans l’ombre par le hasard des découvertes ? La présence des sujets illustrant le dualisme iranien appliqué à la religion romaine de Mithra pourrait- elle s’expliquer simplement par le voisinage de la Perse ? Autant de questions qui inspireront sans doute un souffle nouveau à nos études.
Michel GAWLIKOWSKI
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[…] On voit déjà qu’elle représentait un cavalier debout devant son cheval harnaché ; celui-ci lève un sabot avant au-dessus d’un autel portatif autour duquel un serpent est enroulé (fig. 5). Le personnage porte un habit de type perse serti de cabochons, avec pantalon et tunique à manches à la mode de Palmyre. Même si la tête manque, ainsi que tout attribut spécifique, il me semble pratiquement certain que le cavalier représente Mithra lui-même.
Dans sa main droite, le cavalier tient un mince bâton, ainsi que l’extrémité d’une chaîne au bout de laquelle est retenu un petit personnage assez extraordinaire. Attaché par la chaîne aux deux poignets, celui-ci est noir et entièrement nu. Il est montré de dos, accroupi, avec ses deux jambes et ses deux bras bien étendus ; ce corps unique supporte deux têtes tournées dans des sens opposés et prises toutes deux dans un collier d’esclave.
Cet ensemble de scènes, qui ne sont pas encore, rappelons-le, entièrement dégagées, paraît avoir illustré la lutte contre les forces du Mal. Comme on le sait bien, ce combat éternel constitue le thème principal de la mythologie iranienne, avestique et mazdéenne. Cependant, il était jusqu’à présent absent de l’iconographie mithriaque, que de nombreux chercheurs considèrent actuellement comme une fabrication purement occidentale, avec juste quelques motifs conventionnels destinés à rappeler l’origine iranienne du dieu. Nous pouvons dorénavant nous demander si le deus Arimanius de certaines inscriptions ne tenait pas une place plus importante qu’on ne le suppose dans les croyances du mithraïsme romain, où il apparaissait accompagné de son cortège de créatures démoniaques. Le folklore iranien conçoit en effet les démons sous forme de têtes qui roulent, de monstres à deux ou plusieurs chefs, et de bien d’autres façons encore.
References
- Michel Gawlikowski (2000) Un nouveau mithraeum récemment découvert à Huarté près d'Apamée.