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Monumentum

Fresco ‘City of Darkness’ from Hawarte

The City of Darkness unique fresco from the Mithraeum of Hawarte shows the tightest links between the western and eastern worship of Mithras in Roman Syria.
  • The City of Darkness fresco of the Hawarte Mithraeum

    The City of Darkness fresco of the Hawarte Mithraeum
    Polish Centre of Mediterranean Archaeology

  • The City of Darkness fresco of the Hawarte Mithraeum

    The City of Darkness fresco of the Hawarte Mithraeum
    Polish Centre of Mediterranean Archaeology

 
The New Mithraeum
21 Aug 2021
Updated on May 2026

TNMM 344

The painting found in the inner sanctuary called City of Darkness by the excavator is so far unique in Mithraic iconography. There are seven shaggy heads visible behind a castle wall. One of these persons seems to be preparing to escape, but all of them are caught by seven light rays. Following Richard Gordon, Gawlikowski interpreted the representations as the fight of the „good” against the „bad”: the strange demon-like figures in the scenes of the antechamber and in the „City of Darkness” paintings seemed to reflect the impact of the dualism of persian religion and, according to Gordon, early Christian demonology. Because of the dating of the paintings to the 4th century based on the stratigraphy of the mithraeum, Gawlikowski raised the question: is this iconography with iranizing intellecutal background a specific regional phenomenon of Roman Mithraism in Syria, explained by the proximity of this region to the Persian empire? (similar „dualistic” effects cannot be detected in other provinces). [1]


On passera donc directement au tableau qui occupe la place entre l’angle nord-ouest de la pièce et la niche centrale. Dans un cadre rectangulaire est figuré un rempart percé d’une porte ; l’impression sinistre créée par le noir béant de l’ouverture est confirmée par l’effrayante équipe des défenseurs de la cité : ce sont des têtes hirsutes et horribles, à peine humaines, grinçant des dents et grimaçant. Bien que les constructeurs de l’église ont pris le temps de leur arracher les yeux avant de remblayer le caveau, les têtes sont assez bien conservées. On aperçoit donc sans peine que leur chevelure désordonnée pousse aussi à la place du cou et que ces têtes représentent ainsi des êtres complets, mais privés du reste du corps. L’une d’elles a roulé au pied du rempart où elle est vue de profil ; chacune est frappée par une ligne jaune oblique qui me semble figurer chaque fois l’un des rayons du Soleil.

Malgré l’absolue nouveauté de toute cette scène, il ne semble pas douteux que la place forte assaillie par le Soleil soit le siège des forces démoniaques. La porte des Enfers et les monstres qui la défendent font évidemment penser au combat éternel du Bien et du Mal, de la Lumière et des Ténèbres, qui fonde la religion iranienne au moins depuis Zoroastre. Ces idées n’ont pas trouvé d’expression dans l’iconographie mithriaque existante, et l’on a plutôt tendance aujourd’hui à considérer le mithraïsme comme une création occidentale, concoctée dans la ville de Rome et vaguement inspirée par « l’orientalisme » de l’époque. On s’aperçoit cependant, en regardant cette peinture, que la part orientale, et plus spécifiquement iranienne, va plus loin que le port du bonnet phrygien et du pantalon. Le seul parallèle aux têtes vivantes sans corps que j’ai réussi à dénicher se trouve en effet dans les fables persanes modernes, où les divs, hérités des croyances préislamiques de l’Iran, prennent parfois cette forme insolite.[2]


Comme M. Gawlikowski l’a souligné, cette scène est neuve dans l’iconographie mithriaque, et tout à fait inattendue. Six ou sept têtes hirsutes, détachées du corps, sont alignées le long d’un rempart, associé à une porte de cité. Une autre est en train de tomber au sol. Tous les visages, dont les uns sont noirs, les autres blancs, tantôt glabres, tantôt barbus, sont déformés par des grimaces ; de chaque crâne sort une lance ou une flèche. Il s’agit donc de soldats ou de prisonniers morts.

[…] Les détails étranges à Huarte — les têtes coupées sont aussi percées de flèches ou de lances ; des visages noirs (c.-à-d. de démons) se mêlent avec des visages blancs (soit des hommes mortels) — s’expliqueraient plus facilement si l’on considère que le patron ou la communauté du mithreum sont familiers, directement ou indirectement, de l’Hymne avestique de Mithra, où décapitation et mort par lances/flèches, démons et ennemis mortels se présentent fréquemment unis.

Une telle hypothèse peut apparaître hasardeuse. Mais les recherches les plus récentes ont souligné que la réalité de la religion populaire sassanide fut largement différente de l’image qu’en présentent les livres sacrés pehlevis officiels : l’astrologie et la divination par les étoiles étaient partout pratiquées, tout comme la magie ; beaucoup des mobeds (mages) étaient des guérisseurs qui pouvaient accomplir des miracles. Pour les chrétiens de Mésopotamie, les dieux perses typiques étaient le Soleil, la Lune, le feu et l’eau. Dans l’Iran occidental, le dieu prédominant était en fait Mithra, identifié au soleil, et non pas Ohrmazd, comme l’indique l’expression normale chez les Zoroastriens post-sassanides pour un temple du feu : dar-i-mihr, « la porte de Mithra ». En outre, les relations complexes entre l’empire romain et l’empire de Sapur II (309-79) après le traité de 299, par exemple l’installation d’un vice-roi sassanide sur le trône d’Arménie en 336, et son remplacement en 338 par le roi, Arsace, désigné par Constance II, ou la fonction de la cité de Nisibis comme entrepôt entre la Perse et la Syrie, ainsi que l’atteste l’Expositio totius mundi §22, offraient des possibilités nombreuses d’échanges culturels et religieux.

En somme, une allusion au Yašt Xe dans le mithreum de Hūarte serait bien sûr inattendue, mais l’hypothèse est tentante et ne doit pas être rejetée d’emblée. Les têtes décapitées rangées sur le rempart seraient celles des démons et des pécheurs punis par Mithra, le Soleil qui départage les Justes de ceux qui ont commis des fautes graves contre la morale, avant tout le mihr-drūjīh, trahison du contrat. Dans ce contexte, les lances qui sortent des crânes rappellent l’image fameuse de la mosaïque du local des margaritarii au mont Célius à Rome, où Yoculus invidiosus est attaqué par plusieurs animaux domestiques et sauvages, mais où le coup de grâce est donné par une lance qui le traverse. La lance exprime l’irrévocabilité de la sujétion du mal aux forces du bien.[3]

References

  1. Levente Nagy. The Short History of Time in the Mysteries of Mithras: The Order of Chaos, the City of Darkness, and the Iconography of Beginnings.
  2. Michał Gawlikowski (2001) Le mithraeum de Haouarte (Apamène).
  3. Richard Lindsay Gordon (2001) Trajets de Mithra en Syrie romaine.

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