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Monumentum

Mithréum de Biesheim-Kunheim

The Mithraeum of Biesheim-Kunheim is located near the ancient village of Altkirch, near the Rhin.
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The New Mithraeum
26 May 2021
Updated on Sep 2023

TNMM 285

Le mithraeum était situé à l'est de l'éminence d'Altkirch, dans la basse terrasse du Rhin, sur un dépôt limoneux de faible épaisseur qui recouvrait le gravier, où de nombreux puits et fosses, vestiges de l'occupation du Ier et du début du IIe siècles, ont été observés dans la tranchée de reconnaissance creusée dans ce secteur. Les couches supérieures avaient été détruites, à la suite d'importantes crues du Rhin, par une très forte érosion du sol, aggravée par une mise en culture probablement très ancienne. Le mithraeum a pu être entièrement étudié. Le bâtiment, au plan en rectangle légèrement déjeté, a été totalement dégagé et ses abords en partie explorés.

La construction était orientée nord-sud, suivant le quadrillage urbain reconnu. Les fondations, larges de 0,50 m, étaient maçonnées en moellons de basalte. Ce matériau, traditionnel pour la région, était importé du Kaiserstuhl, carrière voisine située sur la rive droite du Rhin.

Le sanctuaire, qui mesurait 11,50 m de long et 7 m de large, se composait d'un spelaeum et d'un apparatorium, abrités sous un même toit. Un pronaos de 7 m de long fut, dans un deuxième temps, accolé à la façade ; il ne présentait pas d'aménagement particulier du sol ; mais à l'extérieur des murs sud et est du bâtiment, des trous de poteaux, autour desquels étaient encore disposées des pierres et tuiles de calage, désigneraient peut-être des zones de passage.

Depuis le pronaos, on accédait à l'apparatorium par une porte large de 1,40 m, décalée vers l'est (à 1 m de l'angle sud-est), et par deux marches descendantes. Du côté est, l'emmarchement était longé par un muret. A l'ouest, un autre muret délimitait un volume de 1,25 x 1,50 m. Ces aménagements devaient correspondre aux lieux de rangement des costumes des mystes et des instruments du culte.

Une porte, celle-ci centrale, s'ouvrait sur le spelaeum. Dans l'allée centrale, près de l'angle du podium est, avait été aménagé un petit puits rituel, auquel un tuyau de canalisation en terre cuite mesurant 0,27 m de diamètre et 0,74 m de longueur servait de cuvelage. Le tuyau atteignait la nappe phréatique et sa partie supérieure dépassait le sol de 0,15 m, formant une margelle sur laquelle était gravée le M de Mithra. Le sol de l'allée centrale, comme celui de Y apparatorium, était en terre limoneuse battue, et piqueté de gravier à l'imitation d'un pavement de mosaïque.

Les banquettes maçonnées, hautes de 0,40m, longues de 5,80m et larges de 1,80m, étaient remplies par un blocage de galets et recouvertes par une chape de terrazzo de 0,05 m d'épaisseur. Elles étaient légèrement inclinées vers les murs, formant rigoles tout au long; recouvertes de tapis et de coussins, elles pouvaient servir de lits triclinaires. Une vingtaine de mystes pouvait y prendre place. Le bas-relief de Mithra tauroctone qui, d'après les vestiges, pouvait mesurer 1,50 m de large, devait être encastré dans l'exèdre du mur nord. Il était très mutilé, comme les bas-reliefs de bien des mithrae. Sculpté dans un calcaire blanc oolithique, stuqué et peint, il devait respecter le schéma de l'archétype.

Quelques fragments ont été retrouvés dans les gravats de démolition jonchant le sol de l'allée centrale. D'autres éléments sculptés caractéristiques ont été recueillis au cours des fouilles, parmi lesquels des fragments d'autels ; la tête en calcaire d'un dadophore présentant une chevelure bouletée et des yeux en amandes à l'iris aplati par une facette, selon une technique pratiquée dans les ateliers éduens ; un socle circulaire portant les traces d'arrachage des pieds, du manteau et de la flamme de la torche abaissée de Cautopates, et une petite tête provenant probablement d'un personnage de la geste de Mithra.

Dans l'apparatorium ont été découverts un petit lion en terre cuite de l'Allier et un serpent en bronze long de 13 cm ; ainsi que les restes d'un cratère à volutes en céramique sigillée portant, enroulés autour du col et des anses, deux serpents à crête au relief réaliste et sur la panse, un décor à la barbotine dont les fragments conservés représentent la tête féminine de la Lune, coiffée d'un croissant, un dadophore et Mithra tauroctone. Une inscription gravée sur le bord du vase, de part et d'autre de l'anse : VIT/D, pourrait être complétée ainsi : DONAVIT deo invicto mitrAE.

D'autres vases en céramique portant des décors mithriaques ont été retrouvés sur le sol du pronaos. Parmi les bols hémisphériques en céramique sigillée de type Drag. 37, fabriqués, comme sans doute le cratère à volutes, dans l'officine de Rheinzabern à la fin du IIIe siècle, l'un, émanant du potier Julius, met en scène le myste masqué d'une tête de lion, environné de six planètes, avançant sous la voûte du spelaeum, à côté d'une succession d'autels au-dessus desquels brûlent sept torches ; puis, parmi des motifs végétaux, un lièvre et un oiseau — probablement des animaux de sacrifice — ; enfin, dans un cercle, un lièvre et du raisin — peut-être les symboles du repas mystique — . Un gobelet en céramique à engobe noire, orné d'une composition végétale peinte à la bar- botine blanche, provenait sûrement des ateliers trévires, qui étaient réputés pour ce genre de fabrication. Son inscription comporte une terminaison en DES, suivie de la dédicace D.I.M.

Dans l'allée centrale du spelaeum, des couches de limon jaune — correspondant à des sols de terre battue — , recouvraient de fins dépôts d'usage fortement mêlés de cendres — provenant sans doute des pratiques cultuelles — sur une épaisseur de 0,30 m environ. Au-dessus, la couche de gravats de démolition, d'une dizaine de centimètres d'épaisseur, parmi lesquels se trouvaient les éléments sculptés du bas-relief ainsi que des fragments d'enduit peint, avait été tassée, nivelée, et recouverte d'un remblai de terre.

Mais à ce niveau de remblaiement, les banquettes ne dépassaient plus le sol que de 0,10 m. Un remblai de terre grise de 0,30 m d'épaisseur moyenne, qui se confondait au sommet avec la terre arable, recouvrait tous les vestiges et comblait les tranchées de fondations épierrées. C'est dans ce dernier remblai qu'on été recueillis un certain nombre de fragments sculptés, et près de deux cents petites monnaies de bronze, frappées entre 253 et 395 ap. J.-C. De faible valeur marchande, ces monnaies semblent correspondre à un dépôt rituel, qui aurait été conservé pendant un siècle et demi dans le sanctuaire, jusqu'à la destruction finale au cours de laquelle il aurait été répandu, par un geste infamant, dans les ruines.

Bien que le mithraeum de Riegel4, sur la rive droite du Rhin, au nord-est de Biesheim, semble avoir été progressivement abandonné, on a pu observer dans les autres mithraea de la région des traces de destruction violente avec — en particulier à Mackwiller5 et à Sarrebourg6 — dispersion d'un grand nombre de monnaies. A Sarrebourg, le dépôt monétaire fut interrompu dans la même période que celui de Biesheim. Une autre référence est celle d'un temple dédié à Mercure, situé sur la route de Strasbourg à Saverne, sur les hauteurs de Wintzen- heim : parmi les décombres du fanum, se trouvait une bourse contenant 58 monnaies, dont les plus récentes avaient été émises, elles aussi, à l'extrême fin du IVe siècle.

Les autres cultes orientaux ont laissé peu de vestiges, mais il est probable qu'ils se sont introduits dans la région dans le sillage du mithriacisme. C'est ainsi qu'on peut encore signaler la découverte récente, à Strasbourg-Koenigshoffen, non loin de l'emplacement de l'important mithraeum découvert en 191 18, d'un fragment de bas-relief représentant sans doute Jupiter Doli- chenus et la Niké qui l'accompagne, avec pour attributs deux taureaux. Cette sculpture, qui porte encore des traces de peinture, a été recueillie dans le comblement, datant du IIIe siècle, d'un puits monumental, près duquel pouvait s'élever un autre sanctuaire, dédié au Jupiter Syrien.

Erwin Kern

References

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