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Notitia

Le projet MITHRA

Laurent Bricault révolutionne les études mithriaques avec l’exposition Le Mystère Mithra. Rencontre à Toulouse avec ce professeur pour une plongée fascinante dans les dernières découvertes sur ce culte invincible.
Laurent Bricault dans son appartement à Toulouse.

Laurent Bricault dans son appartement à Toulouse.
Andreu Abuín

 
13 Dec 2023

Docteur en égyptologie et professeur d’histoire romaine à l’université Jean-Jaurès de Toulouse, Laurent Bricault nous reçoit dans son appartement toulousain.

Depuis le début de sa carrière universitaire, cette personnalité de caractère léonin dans le meilleur sens du terme n’a cessé d’accumuler connaissances et reconnaissances. Il est membre du prestigieux Institut universitaire de France et chercheur invité à la Getty Villa de Los Angeles.

Avec la prestigieuse maison d’édition Brill, il organise depuis 1999 les colloques internationaux sur les études isiaques. Avec Richard Veymiers, directeur du musée royal de Mariemont en Belgique, il dirige la Bibliotheca Isiaca. Il est également l’un des contributeurs du programme international Roman Provincial Coinage.

Parallèlement, de 2018 à 2023, il a co-piloté avec Richard Veymiers et Nicolas Amoroso le projet MITHRA. Laurent Bricault avoue lui-même qu’il est tombé dans ce domaine un peu par hasard. C’est grâce à l‘un de ses doctorants, Philippe Roy, qu’il a commencé à s’intéresser de près à ce dossier. Ensemble, ils ont publié en 2021 Les cultes de Mithra dans l’empire Romain, une révision indispensable des sources archéologiques qui a bouleversé une grande partie de ce que l’on croyait savoir sur le dieu solaire.

En vérité, le Mithra de Laurent Bricault n’a plus grand-chose à voir avec le dieu secret et mystérieux d’origine orientale auquel nous ont habitués les auteurs du XXe siècle, et a fortiori ceux du XIXe.

Selon vos recherches, qui est Mithra ?

Qui est Mithra… C’est une question piège. C’est une question compliquée. De quel Mithra parle-t-on, n’est-ce pas ? Le Mithra que j’ai étudié n’a pas grand-chose à voir avec le Mithra indien ni avec le Mithra perse.

Pour moi – et je dis bien pour moi – s’interroger sur le culte romain de Mithra, c’est s’interroger sur ce que Claude Lévi-Strauss a appelé un bricolage. Celui-ci prend forme à la fin des années 60 du Ier siècle après Jésus-Christ, lorsqu’une ou plusieurs personnes façonnent le culte romain de Mithra. Mais je suis incapable de dire qui. Et je pense que je serai incapable de dire qui jusqu’à la fin de ma vie, hélas.

Mais vous devez avoir des suspicions…

Là encore, c’est un terrain délicat, difficile à arpenter. Toutes les hypothèses sont possibles. Je les connais. C’est presque un jeu entre historiens des religions. Je peux en proposer dix autres qui seraient sûrement tout aussi convaincantes mais tout aussi gratuites, ou presque. Et ce n’est pas ce qui m’intéresse.

Très honnêtement, je ne sais pas qui sont ce ou ces individus. Mais le résultat est là. Une ou plusieurs personnes, peut-être à Rome, vont mettre en place, initier si j’ose employer ce mot, le culte de Mithra. Ils ne sont pas les seuls en cette période de profonds bouleversements intellectuels à créer des cultes nouveaux. Par rapport à d’autres tentatives, celle-ci va avoir du succès. Un peu comme le culte d’un certain Chrestos qui, lui aussi, va connaître un certain succès, malgré des débuts compliqués.

Ce sont assurément un ou des individus très instruits. Ils vont bricoler, composer et mettre en place un ensemble d’éléments composites pour former un tout très cohérent, aussi bien sur le plan du récit et de l’image que sur le plan du lexique et du rite. Ce que je trouve extrêmement réussi, c’est leur capacité à structurer volontairement, délibérément, quelque chose de fondamentalement romain. C’est, par rapport à bien d’autres, peut-être le culte le plus romain de l’époque. J’exagère un peu, mais pas tant que ça.

Corbulo by Termote, 1961 in Voorburg, Netherlands
Basvb

Et ce culte, ils vont le présenter avec une sorte de vernis, de pellicule, d’enrobage étranger, avec un soupçon d’exotisme à la fois visuel, lexical et intellectuel, qui ne peut qu’attirer. Je pense que ça se produit au moment où les troupes de Corbulon reviennent d’Arménie.

Bien des hypothèses savantes, souvent brillantes, ont été proposées depuis des décennies pour identifier ces « inventeurs ». L’une des plus fameuses, celle qui voudrait reconnaître dans l’astrologue Balbillus le « père » du culte romain de Mithra est séduisante. Mais il y a un proverbe français qui dit : « on ne prête qu’aux riches ». Autrement dit, quand quelqu’un est connu on veut lui attribuer beaucoup de choses. Balbillus, on le connaît bien. Mais c’est tout. Tout le reste est simplement spéculatif.

Revenons au bricolage. Quels sont les éléments qui vous permettent d’affirmer cela ?

Prenons la question de l’image. L’idée de la tauroctonie est extrêmement brillante. L’image d’une divinité tuant un taureau n’est pas nouvelle. On la trouve déjà dans le monnayage d’Auguste relatif à la prise de l’Arménie. L’Armenia capta. C’est alors Niké qui poignarde un taureau. Mais son adaptation au culte de Mithra est une idée formidable.

Le contexte est assez similaire en cette fin du règne de Néron. Rome en Arménie. Et bientôt l’Arménie à Rome. Le culte de Mithra était alors présent en Arménie sous une forme qui était peut-être semblable à celle mise en scène sur le mont Nemrud Dagh par Antiochos de Commagène. Un culte déjà passé au tamis de la culture grecque, et donc différent de celui rendu à Mithra dans la Perse achéménide avant l’expédition d’Alexandre III de Macédoine.

Le parcours de Mithra ressemble à celui d’autres dieux du monde antique. Prenez le cas d’Isis, la grande déesse égyptienne. Avant de parvenir à Rome et de se voir construire par l’empereur Vespasien et ses fils Titus et Domitien un vaste sanctuaire sur le Champ de Mars, elle est passée par toute une série de douanes, de frontières, de filtres qui la font évoluer, se transformer. Il en est allé de même pour Mithra.

Ces éléments iconographiques, puisés à des sources diverses, notre ou nos fondateurs vont les intégrer dans un culte qu’ils vont ainsi singulariser, distinguer sur le plan visuel. Mais aussi par le vocabulaire, ce qui est extrêmement intéressant.

On trouve en effet dans le lexique mithriaque de vrais mots persans. Et puis on en connaît d’autres qui semblent avoir été créés pour faire comme si. C’est-ce que Richard Gordon appelle à juste titre des « persianist inventions ». En fait, on est dans un contexte où un groupe se dote d’un jargon, comme dans n’importe quel corps de métier ou association, pour se doter d’un fort sentiment d’existence, d’une véritable identité communautaire.

Je pense que c’est l’une des raisons du succès du culte. On utilise un même vocabulaire, quasi inconnu à l’extérieur. C’est ce qui fait de vous, sans exagérer, sans jouer sur le mot, un initié. Vous faites partie du groupe parce que vous parlez la même langue, parce que vous reconnaissez les mêmes images, parce que vous partagez les mêmes références, la même mémoire collective. Cette notion de groupe est extrêmement importante dans le culte de Mithra. Elle est même centrale.

Mais ce que je considère être, par-dessus tout, le plus réussi, le véritable coup de génie – j’abuse peut-être un peu en disant ceci… – c’est d’avoir greffé, intégré l’histoire de Mithra à la mythologie gréco-romaine classique. C’est ce que l’on a voulu montrer dans le livre et dans l’exposition.

Front side of the relief of Dieburg.
Pierre-Selim Huard

Le point de départ de cette observation est un relief unique en son genre. Sans lui, il nous aurait été impossible d’évoquer ce sujet, ce qui montre combien notre savoir, qui s’accroche parfois à une seule source documentaire, est bien fragile. Je fais référence au relief biface de Dieburg, en Germanie. D’un côté sont représentés des éléments mithriaques bien connus par ailleurs. De l’autre côté, une histoire, elle aussi bien connue mais complètement inédite en contexte mithriaque, et surtout formidablement suggestive : l’histoire de Phaéton et du char solaire.

En effet, si vous regardez le relief de Dieburg et si vous lisez l’histoire de Phaéthon dans le deuxième livre des Métamorphoses d’Ovide, vous avez sous les yeux le récit et sa mise en images. Tout le monde connaît cette histoire qui, du moins pour le pater de Dieburg et la communauté qui l’entoure, va servir de justification à l’arrivée de Mithra sur terre.

Le récit est célèbre. Incapable de diriger le quadrige de son père le Soleil, Phaéton ravage la Terre et sème le chaos dans l’univers. Il dévaste tout sur son passage. Il faut vite réparer tout cela, redonner vie à la Terre et remettre de l’ordre dans le cosmos. À ma connaissance, la mythologie gréco-romaine ne donne pas vraiment d’explications à ce sujet. Qui a réparé le monde ? On suppose que c’est Zeus mais ce n’est pas dit explicitement. À Dieburg, et peut-être ailleurs, on le sait : c’est Mithra. Je trouve cette idée, cette greffe particulièrement brillante.

Que fait-on des cousins indo-aryens de Mithra ?

Je pense que les liens avec le Mitra védique ou le Mithra perse sont avant tout des liens mémoriels, intellectuels. Comme dans le cas d’un écrivain qui puiserait ses références dans sa culture personnelle, dans sa curiosité intellectuelle, dans sa mémoire d’autres récits plus anciens pour donner une cohérence et un attrait particulier à l’histoire qu’il s’apprête à rédiger. Ils existent, on ne peut le nier. Mais ils sont recomposés dans un nouveau récit. Comme les ingrédients bien connus d’une nouvelle recette.

On s’est beaucoup demandé jusqu’à quel point les Romains croyaient à leurs dieux, mais si c’était le cas, je soupçonne qu’ils devaient croire en tous, en général. Notre conception judéo-chrétienne d’un dieu unique n’existait pas à l’époque. Mithra, qu’on le vénère sous la forme de la tauroctonie dans une cave à Emerita Augusta ou sous une autre forme dans un temple à Ctésiphon, c’était toujours Mithra. La manière était peut-être circonstancielle ?

Non. Je crois que les gens reconnaissent toujours leurs dieux à eux, avant tout. Si quelqu’un débarque de la vallée de l’Indus à Rome et entend parler du dieu Mithra, il va penser tout de suite au Mitra du Rig-Véda, celui qui accompagne Varuna. Si c’est un individu originaire du sud de la mer Caspienne ou du Caucase, pour lui, Mithra est avant tout le dieu du contrat, l’acolyte d’Ahura-Mazda. Pour celui qui a grandi en Commagène, Mithra est celui qui, associé à Héraclès et Apollon, figure sur le mont Nemrud. Et puis si vous interrogez celui qui habite dans les faubourgs de Rome, le Mithra qu’il connait, lui, c’est celui de son groupe associatif, le dieu pétrogène traqueur de taureau.

Head of Antiochus I of Commagene in mount Nemrud Dag.
exsimile

Chacun y va de ses propres référents parce que le monde polythéiste est un monde extrêmement fluide où les identités divines ne sont jamais figées. C’est quelque chose qui évolue, qui se modifie constamment. C’est que nous avons essayé de raconter avec Corinne Bonnet dans le livre Quand les dieux voyagent.

Un voyage fascinant, en effet. Je connais bien ce titre. D’ailleurs, pour les non francophones, comptez-vous le faire traduire, de même que Les cultes de Mithra ?

Quand les dieux voyagent a déjà été traduit en italien et en turc. Mais, en effet, pourquoi pas en anglais, espagnol ou allemand ? En tout cas, les dieux voyagent. Les dieux se transforment. Les dieux changent de nom et d’univers. Ils sont à la fois les mêmes mais sont aussi différents, autres. Il y a des Zeus, des Osiris, des Mithras.

Le problème de beaucoup d’ouvrages et d’articles qui ont été écrits jusqu’à récemment, aussi brillants qu’aient été leurs auteurs, c’est qu’ils obéissent à une grille de lecture christiano-centrée. Une façon de réfléchir qui ne tient pas compte de cette multiplicité, de cette fluidité, de ces compositions, décompositions et recompositions. Et cela ne peut pas fonctionner parce que le polythéisme n’a que peu à voir avec le monothéisme. Il est foisonnant mais organisé. Et c’est aussi ce qui le rend si complexe et si attrayant.

Mais Mithra est, dans l’empire Romain et ailleurs, un dieu solaire, un dieu fraternel, un dieu de la parole donnée, de l’honnêteté, de l’amitié.

Assurément. Les gens qui ont fondé le culte sont très instruits, très cultivés, très savants. Ils connaissaient exactement de quoi ils parlaient. Sinon pourquoi auraient-ils choisi ce dieu-là plutôt qu’un autre ? Ils avaient, j’en suis persuadé, rencontré le culte de Mithra en Arménie, en Commagène ou ailleurs. Et il les avait séduits. Suffisamment pour leur donner l’idée de le faire vivre à Rome. Sous un jour nouveau.

C’est un peu comme lorsque vous préparez une pizza. Vous faites votre pâte – presque partout la même, et je dis bien presque – et vous avez à votre disposition toute une série d’ingrédients, ce qui vous permet de proposer des pizzas selon votre créativité. Mais vous pouvez aussi répondre à des commandes particulières, qui varient en fonction des lieux, des époques, des individus. La comparaison est peut-être osée, mais elle est pertinente. Et c’est pour ça que la notion de bricolage de Lévi-Strauss convient parfaitement. Rien n’est dogmatique.

Création ou adaptation, on peut s’accorder sur le fait que le succès du culte de Mithra dans la Rome impériale est inversement proportionnel à la connaissance que nous en avons aujourd’hui. Comment l’expliquez-vous ?

Pendant très longtemps, jusqu’à la fin du XIXe siècle, comme vous le savez, la quasi-totalité des sources sur lesquelles on va s’appuyer pour parler de l’Antiquité sont littéraires.

L’épigraphie ne devient une science historique majeure qu’avec la constitution des premiers grands corpus épigraphiques sous l’égide de l’Académie de Berlin, au XIXe siècle. Les premières fouilles véritables voient le jour à la même époque, même si l’objectif principal est alors de découvrir des statues et des inscriptions. Le reste importait peu. Donc pendant très longtemps, quand on a voulu écrire sur l’Antiquité, on a utilisé surtout des textes littéraires.

Le problème, avec Mithra, est que l’on ne possède aucun – et je dis bien aucun – texte littéraire émanant des adeptes eux-mêmes. Personne ne nous en parle de l’intérieur, contrairement à Isis, à Dionysos et à bien d’autres. Car le culte de Mithra est un culte privé, que l’on pratique entre soi, à la différence de la plupart des autres.

En fait, les seuls qui vont écrire sur Mithra, ce sont majoritairement des auteurs chrétiens, comme Tertullien ou Grégoire de Nazianze, ou des philosophes néoplatoniciens comme Porphyre de Tyr. Et ils le font le plus souvent pour le critiquer, polémiquer contre lui, ou en donner des interprétations plus ou moins pertinentes. Mais à les lire, d’emblée, plusieurs questions se posent : De quel Mithra parlent-ils ? De quel culte ? De quelles pratiques ? Qu’en savent-ils, eux qui ne sont pas membres d’une communauté mithriaque ?

Fort heureusement, l’archéologie est venue nous apporter des milliers d’informations de première main, qui génèrent d’ailleurs bien souvent autant de questions. Mais les premiers résultats sont là. On ne peut plus écrire aujourd’hui sur Mithra comme on pouvait le faire en 1980, en 1990, voire en 2000. Parce que nos sources se sont multipliées, mais aussi parce que nos questionnements ont changé.

Si le culte de Mithra est resté relativement peu connu jusqu’à une date récente, c’est peut-être parce qu’il est resté longtemps – très longtemps, trop longtemps ? – une affaire de spécialistes, de philosophes, d’historiens des religions. Autant de savants qui se sont souvent intéressés davantage aux origines et à la théologie du culte plutôt qu’à sa liturgie, à ses rites, à son fonctionnement ou à ceux qui le pratiquent.

Longtemps, l’entrée dans la connaissance du culte de Mithra s’est opérée par l’étude du dieu lui-même. Il est sans doute temps de s’occuper aussi des hommes qui l’ont célébré.

Qu’implique ce changement de paradigme ?

Ça change absolument tout. Les nouvelles approches arrivent à partir du moment où on commence à se débarrasser de la vision monothéistique qui a donné naissance aux notions obsolètes de mithraïsme ou de mithriacisme. Aujourd’hui on considère d’autres sources que les seuls et rares textes littéraires. On s’intéresse à autre chose que de savoir qui est Mithra et d’où il vient.

Aujourd’hui, on s’intéresse au culte lui-même. À son fonctionnement. Aux adeptes. Aux lieux et aux moments où on le pratique. Parce qu’un dieu c’est bien, mais pour qu’un culte existe, il faut des gens en face. Il faut des lieux de culte. Il faut des rituels. Il faut une sociabilité. Il faut de l’argent. Sinon votre dieu va très vite s’ennuyer. Et devenir ennuyeux.

Ces questions nouvelles ont été encouragées par les découvertes archéologiques de ces dernières décennies. Vous le savez aussi bien que moi – il suffit de consulter votre site – depuis 1980, il y a quasiment un temple de Mithra mis au jour chaque année. Autant de découvertes qui nous apportent des informations parfois extraordinaires. D’autant plus que les fouilles qui sont menées depuis – allez, disons le milieu des années 1990 – sont souvent remarquables par les enquêtes menées et les résultats qu’elles produisent. Le travail des archéologues, des palynologues, des archéozoologues, des céramologues est d’un apport exceptionnel. Il faut les saluer et les remercier.

Prenons l’exemple de la céramique. Autrefois, on n’y prêtait bien souvent aucune attention. Aujourd’hui, on la recueille précieusement. Et grâce à cela, on possède désormais des centaines de coupes, de gobelets, d’assiettes et de pots dont un bon nombre ont conservé le nom de leur propriétaire.

Une des céramiques trouvées au mithréum de Martigny
The New Mithraeum / Laurent Bricault

À Martigny, on a recensé plus d’une centaine de graffitis de cette nature, avec le nom d’adeptes de Mithra, et parfois même leur profession. Certains sont barbiers, d’autres tailleurs de vêtement, etc. C’est très intéressant parce que beaucoup de ces gens qui mettent leur nom sur ces gobelets – parfois pour les dédier au dieu – n’ont jamais pu se payer une inscription sur marbre. Ce sont des gens dont on ignorait l’existence puisqu’ils n’étaient pas présents dans l’épigraphie monumentale.

Auparavant, on ne s’intéressait pas beaucoup à la liturgie non plus et pas vraiment au rituel, aux gestes, aux ambiances. Non plus à la structure des temples, ni au fonctionnement des sanctuaires, à leurs décors, à l’agencement de leur mobilier. Seuls quelques spécialistes s’en préoccupaient. À l’occasion. Mais cela s’arrêtait là.

Parlons donc du rituel. Que nous apprend l’archéologie sur l’initiation dans les mystères de Mithra ?

J’attendais cette question. Elle a une réponse rapide et très courte : le culte de Mithra est un culte initiatique, ce n’est pas un culte à mystères.

Ce n’est un culte à mystères que sous la plume des auteurs chrétiens. Des savants tels que Nicole Belayche ou Francesco Massa ont bien montré que les prétendus mystères de Mithra n’existent que chez les chrétiens qui, dans la polémique qu’ils ont mené contre le dieu et son culte, ont voulu en faire un culte à mystères pour mieux le condamner.

Le culte à mystères par excellence est celui pratiqué à Éleusis où, par une série d’épreuves, les mystes parvenaient à une forme de connaissance qui leur ouvrait, semble-t-il, les portes de l’au-delà. Il n’y a, jusqu’à preuve du contraire, rien de cela dans le culte de Mithra, pas plus que dans le culte d’Isis, d’ailleurs.

En revanche, il s’agit bien d’un culte sélectif, que l’on peut qualifier à ce titre d’initiatique.

L’initiation, ce n’est pas en soi la révélation d’un mystère ?

Tout dépend de que ce que l’on appelle initiation.

Je me trompe peut-être, mais je pense que ce que l’on doit appeler initiation dans le culte de Mithra, c’est uniquement le rite de passage qui permet d’entrer dans une communauté. Il n’y qu’une initiation, pas plus, et elle se déroule tout au début du processus d’intégration à la communauté des syndexi, c’est-à-dire « ceux qui se serrent la main ». C’est ainsi que les adeptes se désignent dans les textes. Le mot mithriaste n’existe pas dans l’antiquité. Pas plus que celui de mithraeum, d’ailleurs.

Si vous franchissez cette étape, vous devenez un adepte à part entière. C’est ce qui, me semble-t-il, est représenté sur les fresques de Santa Maria Capua Vetere. Rien d’autre. Et j’aime à penser qu’au terme de ces épreuves, le père de la communauté accueille le nouvel adepte en lui serrant la main, faisant ainsi de lui un des syndexi, à la manière dont Mithra et Sol se sont serré la main au terme du conflit qui les a opposés.

En tout cas, d’après ce que nous avons vu des fresques et de certains reliefs, il y a au moins deux rites, l’un pour les corbeaux, l’autre pour les lions, et probablement un autre pour les pères.

Ce que dit la documentation dans l’ensemble du monde romain, à part dans deux voire trois cas particuliers à Rome et à Ostie, c’est qu’il y a trois grades. Trois.

Le premier grade, celui du corbeau, c’est celui du néophyte. Celui qui veut entrer dans la communauté et en devenir membre de plein droit, après une formation qui, selon quelques textes, pouvait durer un an. Le corbeau est très probablement celui qui reçoit l’initiation, c’est-à-dire le rite de passage pour entrer dans la communauté. Après avoir xréussi, il devient un lion, le deuxième grade, c’est-à-dire un adepte à part entière de la communauté. Mais cela ne fait qu’une seule initiation.

Cela étant, à un moment donné – peut-être sous l’influence de la philosophie néoplatonicienne – deux ou trois communautés vont subdiviser les trois grades pour arriver à sept grades. La communauté de Felicissimus à Ostie, celle de Santa Prisca à Rome. Peut-être aussi celle dont parle saint Jérôme dans sa Lettre à Laeta, à moins qu’il ne s’agisse de celle de Santa Prisca ? Mais au moins deux communautés, très tardivement, dans la seconde moitié du IIIe siècle, vont faire évoluer le nombre de grades jusqu’à sept. Ceci va leur permettre de les faire coïncider avec les sept planètes, avec les sept jours de la semaine, etc.

Dans une communauté, ce sont les lions qui constituent le corps du groupe. Ce sont eux les membres « titulaires » de la communauté. Et à la tête de celle-ci se trouvent un ou deux pères. Le troisième grade.

Vous décrivez les rituels du culte de Mithra comme étant « immersifs et sensoriels, engageant les adeptes à travers des expériences visuelles, auditives, olfactives, gustatives et tactiles. » Parlez-nous en davantage.

Là aussi, ce sont des acquis relativement récents de la recherche. De nombreux groupes de savants, en France et en Angleterre notamment, travaillent sur la notion de synesthésie ou de polysensorialité. Ils sont en train de montrer, de manière très convaincante, qu’appartenir à un groupe cultuel ou participer à une cérémonie religieuse passe par ce que j’appelle la théâtralisation des rites.

Participer à un banquet, c’est parvenir au terme d’une expérience collective qui commence, peut-être, par un récit que fait le pater, par l’explication qu’il donne de tel épisode du mythe. Et puis, on a alors affaire, comme dans la plupart des cultes, à une sorte de mise en scène, de théâtralisation du rite en lien avec le mythe. Et je me permets de revenir un instant sur ce que nous avons dit tout à l’heure sur le terme mystère.

Je pense qu’il y a eu longtemps une confusion entre les mystères au sens grec et ce qu’on appelle les mystères sacrés en Égypte. En Égypte, le terme mystères existe également, mais il désigne ce qu’on pourrait appeler un drame sacré. C’est l’interprétation, à l’occasion d’une fête — et Isis sait combien il y avait de fêtes dans le calendrier ! – de scènes relatives à des histoires divines par un certain nombre de personnes, dont parfois les villageois qui, de spectateurs deviennent acteurs du rituel.

Si vous prenez les reliefs de Mundelsheim, vous verrez qu’ils sont ajourés. Au-dessus de la représentation du Soleil, les rayons de sa couronne sont évidés, ce qui permet de laisser passer la lumière d’une lampe que l’on aura placée derrière, sur une petite tablette prévue à cet effet. Même chose avec le croissant de la Lune, sans doute disposée de l’autre côté d’une tauroctonie, ou bien de part et d’autre de l’allée centrale du speleum.

Autre exemple, encore plus remarquable. Güglingen. Fouilles de 1999-2002. Dans deux petits espaces cachés au cœur du speleum, on avait disposé un mécanisme d’élévation qui permettait de faire apparaître à un moment donné Mithra pétrogène et, sans doute à un autre moment, le bonnet phrygien de Mithra.

Je pense donc que l’on avait affaire à toute une mise en scène destinée à impressionner l’auditoire. Ce n’est pas l’apanage du seul culte de Mithra, bien sûr. Mais dans le culte de Mithra, ces jeux de scène ne sont pas exécutés en plein air, dehors, devant une foule, mais dans la pénombre d’un bâtiment clos, plutôt exigu, réservé aux seuls adeptes. Dans plusieurs spelea, on a découvert une sorte de petite scène, de podium sur lequel ont pu prendre place des gens interprétant un spectacle.

Je crois profondément que des jeux de lumière, des odeurs, des sons permettaient de réunir les conditions d’une véritable immersion rituelle. On participait alors à une sorte d’événement collectif qui vous mettait dans un état particulier et qui se terminait dans la chaleur et l’enthousiasme du fameux banquet...

Les costumes, c’est pareil. C’est une question pour laquelle je n’ai pas de réponse mais quand vous intégrez un groupe qui veut se doter d’une identité très forte, ça fait sens. Je ne crois pas à cette histoire de masques, malgré les fantasmes qui circulent depuis l’Antiquité à ce sujet.

Les antichambres pouvaient servir à ça aussi, ne croyez-vous ?

Les antichambres, les vestibules ont sans doute pu servir également de vestiaire. Je me demande en effet dans quelle mesure les lions ne revêtaient pas un habit commun à tous, de couleur blanche peut-être, et le pater un habit de couleur qui pourrait être rouge comme au mitreo di Santa Maria Capua Vetere. Les vêtements devaient aussi participer à affirmer l’identité de groupe, à faire disparaître les différences sociales entre les membres de la communauté.

Mitreo delle pareti dipinte, right wall, left side : Nymphus, Miles and Heliodromus
The New Mithraeum / Andreu Abuín (CC BY-SA)

Pourtant, sur les fresques du mitreo delle pareti dipinte, en Ostie, on a cru voir des mystes déguisés l’un en soldat, l’autre en femme, un troisième en héliodrome.

Que l’on puisse retrouver sur ces parois un soldat, une femme ou un héliodrome, pourquoi pas ? C’est le mot « déguisé » qui ne convient pas. Pour en avoir discuté avec des spécialistes de peinture romaine, tous me disent que de telles images correspondent à des conventions iconographiques. Elles ne sont pas là pour reproduire le réel.

Il s’agit de représentations visuelles des grades. Un habit de soldat désigne un soldat, une couronne de rayons désigne un héliodrome, un bonnet phrygien un pater, etc.

C’est ce que montrent également les fresques de Dura Europos, où le corbeau, qui assure le service, est représenté avec une tête, un cou et même des pattes de corbeau. Regardez tous, c’est un corbeau ! Inutile d’imaginer un individu porteur d’un masque et de pattes de corbeau…

Dans le cas du relief de Konjic, on a les deux : un lion et quelqu’un déguisé en lion.

Non, vraiment, je ne le crois pas. Là encore, c’est un effet pervers des lectures christiano-centrées des siècles passés. Une époque où l’on faisait confiance aux auteurs chrétiens qui vous disaient que les adeptes mithriaques mettaient des masques, qu’ils croassaient comme des corbeaux et rugissaient comme des lions. Non. Certains de ces auteurs ont peut-être vu des images de types avec des têtes de lion, mais ce sont des leones tout simplement. Ce ne sont pas, à mon sens, des gens qui portent un masque de lion.

Sur le relief de Konjic, Mithra, Sol, Cautès et Cautopatès sont accompagnés d’un corax et d’un leo. Tout simplement.

Sacred meal with Mithras, Sol, Cautes, Cautopates, a corax and a leo from Konjic.
The New Mithraeum / Olivier-Antoine Reÿnès (CC BY-SA)

Avec des déguisements ou sans, vous avez affirmé que le culte de Mithra est éminemment moderne. En quoi ?

Le culte privé de Mithra, par son caractère communautaire fermé, diffère sur bien des points des cultes traditionnels polythéistes, civiques et publics du monde grec et romain.

Par exemple, lors de la fête des Panathénées à Athènes, une fête religieuse civique et sociale, la participation à la grande procession était l’apanage de quelques grandes familles. Le reste de la population – moins les esclaves, qui n’étaient même pas admis – assistait aux festivités de manière bien plus passive. Ces cérémonies étaient certes un peu les vôtres, mais surtout celles de la cité. Ses enjeux, ses finalités, son déroulement ne vous concernaient pas forcément personnellement, individuellement.

C’est très différent avec un culte comme celui de Mithra. Lorsque vous intégrez une communauté de cette nature, s’instaure une relation privilégiée avec la divinité. On a affaire à ce que l’on a appelé une forme d’individualisation du culte et du rapport aux dieux.

Je pense que c’est pour ça aussi que Mithra a beaucoup inquiété les chrétiens. Ça les a beaucoup agacés. Ça les a même irrités. C’est pour ça qu’ils ont beaucoup polémiqué contre Mithra, dès le milieu du IIe siècle de notre ère. Parce que le culte de Mithra faisait la part belle à une relation privilégiée entre l’adepte et la puissance divine.

En ce sens, on a affaire à quelque chose qui est un peu plus proche de ce que l’on connaît dans notre société contemporaine.

La communauté n’était-elle pas plus importante que le dieu lui-même ? Dans quelle mesure croyaient-ils en leur dieu ?

John Scheid a répondu de manière très tranchée, et pour une bonne part à juste titre, avec son livre Quand faire, c’est croire. Je pense que l’on a tort d’utiliser le terme croire ou celui de croyance à propos du polythéisme antique parce qu’on met inévitablement derrière ces mots des notions et des réalités judéo-chrétiennes comme celle de « foi » qui ne sont pas pertinentes pour les cultes traditionnels.

Les Anciens n’ont pas à croire en leurs dieux puisque leurs dieux sont là, bien présents. Dans le monde polythéiste, les dieux et les hommes font partie du même monde. Les dieux sont forcément là comme vous êtes là en face de moi. Pas besoin de « croire » en eux.

J’en conviens, mais les dieux sont là jusqu’à ce que l’on commence à en douter. Et nous sommes dans cette période de l’histoire occidentale où l’on commence à se dire que tous ces dieux ne sont peut-être que des histoires que l’on se raconte et qu’en réalité, ces puissances ne sont qu’un seul dieu (ou trois), né en Judée.

C’est ce que les chrétiens vont leur dire, effectivement : les puissances divines avec lesquelles vous estimez partager le monde, ça n’existe pas. Ce sont des idoles. Ce sont des faux dieux. Des créations du Diable. Dans le meilleur des cas, des hommes épatants dont vous avez magnifié la mémoire. Vous vous trompez. Des dieux, il y en a qu’un et c’est le nôtre. Le seul, le vrai. Celui du Livre.

Il faudra un certain temps avant que cela ne soit généralement accepté. Mais il y a des foules de gens qui n’accepteront toujours pas cette vision des choses même très, très longtemps après. La christianisation des campagnes ne s’opérera qu’avec les plus grandes difficultés. Le mot païen ne dérive-t-il pas d’ailleurs du mot paganus, le paysan ? Ça prendra tellement de temps que les chrétiens seront obligés de mettre en place le culte des saints pour remplacer, pour supplanter ces puissances divines qui soi-disant n’existaient pas. Avec plus ou moins de réussite.

Que peut nous apprendre Mithra sur nos besoins de fraternité, d’entraide, sur nos affinités électives, sur le vivre ensemble, ainsi que sur nos peurs de l’inconnu et du chaos ?

Quand on étudie le culte de Mithra, on a affaire à des communautés qui sont vraisemblablement très soudées. On a des gens qui sont très proches les uns des autres. Bien souvent, ce sont des gens qui viennent d’un même milieu professionnel, mais pas seulement.

Ils poussent à l’extrême la notion d’égalité dans l’ancienne Rome, par leur participation à ces communautés, par leur capacité d’entraide, par leur sociabilité, par le fait de se retrouver entre soi.

Engraved column by Maximus of Dura Europos
The New Mithraeum / Laurent Bricault

Lucinda Dirven me disait récemment que sur les graffitis du mithréum de Dura Europos, ils s’appelaient tous par leur nom simple. Certains sont des citoyens romains, parfois des membres importants de la légion mais, à partir du moment où ils franchissent l’entrée du mithréum, ils deviennent Marcus, Tiberius ou Julius, et chacun oublie visiblement son statut social. Le vestiaire sert aussi à se débarrasser de son identité extérieure. Au moins en théorie.

Et par rapport à nos peurs de l’inconnu et du chaos ?

Vaste question, là encore, pour laquelle je n’ai pas de réponse assurée. Qu’est-ce qui les attirait, au-delà du fait de se retrouver dans un groupe soudé ? Qu’est-ce qui fait qu’on allait se retrouver autour de l’autel de Mithra et pas d’un autre dieu ?

Vouloir se mettre à leur place est très difficile. Cela n’a pas beaucoup de sens mais essayons tout de même. Une fois devenu leo, je vais écouter le pater qui m’expliquera – si nous avons bien interprété ces scènes muettes que nous livrent les sanctuaires de Mithra – que c’est Mithra qui a redonné vie à la terre. Que c’est également lui qui a remis de l’ordre dans l’univers, rétabli l’équilibre du monde, permis d’échapper au chaos.

Alors, je me dis que non seulement je vais me retrouver avec un groupe de gens avec qui partager un bon moment, mais que je vais vivre avec eux des expériences fortes, de la comaraderie, que je vais partager des banquets. Tout en me disant aussi que Mithra c’est celui qui redonne vie à la terre, qui remet de l’ordre dans le cosmos.

Mithra et mes amis de la communauté sont bien rassurants, quelque part…

Mais ça, on le sait une fois qu’on est entré dans la communauté, pas avant. C’est l’une des raisons pour lesquelles on peut avoir l’impression que c’est un culte en quelque sorte imposé par une élite qui, à un moment donné, a vu l’intérêt de rassembler les troupes. Elle a eu besoin d’un outil pour rallier des gens disparates qui venaient des quatre coins de l’Empire. Le cas de Mérida est assez frappant.

Je ne sais pas. J’avoue que j’hésite à partager cette théorie. Je connais l’opinion de mon camarade Jaime Alvar, mais j’avoue que je ne suis pas vraiment convaincu par cette vision des choses. Le culte impérial est déjà là pour matérialiser et exalter l’adhésion des populations à l’Empire. Pourquoi mettre en place un autre culte ?

Quand on observe les communautés, on se rend compte qu’elles sont très différentes les unes des autres. Il n’y a pas d’uniformité. Il y a des communautés de militaires, certes, d’officiers même, mais il existe aussi des communautés d’esclaves, d’ouvriers qui travaillent sur le marché des cochons à Rome, de fonctionnaires préposés aux impôts et bien d’autres encore. Il faut attendre quasiment le IVe siècle pour que les sénateurs commencent à s’y intéresser. Autant de communautés très autonomes les unes par rapport aux autres. Et toujours dans un cadre privé.

Comment expliquer la diffusion rapide d’un dieu peu connu dans le bassin méditerranéen, sur un territoire aussi vaste, sans puissance d’appui ? Pourquoi sinon ce vendeur d’ail de Tarragone, un certain Lucius Petreius Victor, va dépenser son peu d’argent pour ériger un petit autel en marbre à Cautès ?

C’est toute la question de la dissémination du culte, par des principes de capillarité ou autre chose. C’est un vaste dossier. Je ne connais pas la vie du marchand d’ail. Personne ne la connaît. Nous ne savons pas dans quelles circonstances il a intégré une communauté mithriaque de la Tarraconensis. Par relations, sans doute. Mais lesquelles ? Nous l’ignorons.

Richard Gordon a raison quand il explique qu’il en va sans doute de la responsabilité de ceux qui vont réussir à attirer autour d’eux des groupes de personnes. Pour ce savant, et je suis d’accord avec lui, la dissémination d’un culte comme celui de Mithra est liée au charisme de quelques personnages. Ce sont les mystagogues ou patres dont la personnalité est telle qu’ils vont être capables de réunir autour d’eux des gens qui vont donner naissance à une communauté.

Peu importe que votre marchand d’ail ou que le type qui découpe des tranches de cochon sur le marché à Rome connaissent Mithra, à partir du moment où ils vont rencontrer un individu de cette stature qui va leur dire : voilà, il y a ce dieu. Il fait ci, il fait ça. Il est capable de répondre à telle ou telle inquiétude. Il est capable de protéger l’univers. Il est capable de nous faire échapper au chaos. Il est même capable de vous protéger dans vos déplacements, dans vos affaires, dans votre vie. Il s’appelle Mithra. Le recrutement, ensuite, s’opère certainement par cooptation.

Je pense que c’est comme ça que se créent les communautés. Il faut qu’il y ait à l’origine un personnage central, attractif. Quelqu’un avec du charisme. Un personne capable d’entraîner les autres. Celui vers lequel tous les yeux se tournent quand il arrive dans une soirée.

Nous arrivons au terme de cette conversation, et je voudrais en profiter pour vous remercier et vous féliciter d’avoir initié et rendu possible le projet MITHRA qui, je connais les chiffres, a eu un succès formidable. Pouvez-vous, pour nos lecteurs, en faire un petit bilan ?

Ce fut en effet une formidable aventure. L’exposition, présentée à Mariemont, à Toulouse et à Frankfurt a attiré plus de 100 000 visiteurs. Nous avions fait imprimer 2 500 catalogues en français et en anglais. Tous ont été vendus et nous nous interrogeons sur l’idée d’en produire une nouvelle version, pour un public plus large encore. Aussi, nos publications universitaires, qui pourraient paraître plus austères – ce qu’elles ne sont pas ! – ont connu un grand succès et continuent à se diffuser. Même chose pour le livre illustré La légende de Mithra, destiné à la jeunesse, que j’ai conçu avec la complicité de Céline Piret, une dessinatrice belge de grand talent.

L’accueil de la critique et du public est allé bien au-delà de nos espérances initiales, et nous en sommes très heureux.

Beaucoup de gens ont découvert Mithra. Des jeunes et des moins jeunes. Nombreux sont les étudiants qui, depuis, souhaitent travailler sur Mithra, un peu partout en Europe. D’autres ont pu apprécier comment la recherche fonctionnait.

Plusieurs projets internationaux se mettent en place pour surfer sur cette formidable dynamique. Il y aura dans les années à venir d’autres conférences, d’autres colloques, d’autres journées d’études. Nous ne sommes qu’au début d’un très important renouvellement de tout ce que l’on sait sur Mithra. C’est pour ça que le projet MITHRA est un projet d’avenir.

Nombreux sont aussi ceux qui ont compris pourquoi les opinions d’autrefois étaient parfois devenues des idées reçues, des clichés.

Il n’est plus possible d’écrire aujourd’hui sur Mithra ce que l’on écrivait il y a encore 50 ans. Gageons que dans cinquante ans on n’écrira pas ce que je vous ai dit aujourd’hui.


Vous trouverez toutes les oeuvres de l’auteur en relation avec le culte de Mithra sur la page de Laurent Bricault à The New Mithraeum.

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