CORAX. ENTRETIEN AVEC UN ADEPTE DU CULTE SOLAIRE
Une silhouette anonyme dans un environnement urbain.
F. Voss
ANTAIOS : CORAX, QUI ÊTES-VOUS ?
CORAX : Jeune universitaire européen, je me définirais, au risque de passer pour un provocateur, comme un suivant de Mithra, un fidèle de Sol Invictus, dans la lignée spirituelle d’Akhénaton et de l’empereur Julien dit l’Apostat. Tout comme eux, ma prise de conscience solaire résulte de la rencontre d’une tradition et d’une quête personnelle.
A : POURQUOI CE PSEUDONYME DE « CORAX » ?
C : « Corax », le corbeau en grec ancien, est un des sept grades de l’initiation aux mystères de Mithra. Dans de nombreuses mythologies (pas seulement indo-européennes), le corbeau est le messager du Soleil.
A : QUE REPRÉSENTENT LES MYSTÈRES DE MITHRA POUR VOUS ?
C : Le Mithraïsme – ou Mithriacisme – a été une des formes les plus achevées du culte solaire européen. Voie lumineuse de maîtrise de soi, de piété, de spiritualité, il reste une référence incontournable pour ceux qui, de nos jours, s’intéressent à nouveau aux cultes solaires.
A : QUEL MESSAGE LE MITHRIACISME PEUT-IL APPORTER À NOS CONTEMPORAINS ?
C : Tout d’abord une éthique. Le Mithraïsme, comme le Christianisme, s’est développé dans une société romaine en déclin, aux valeurs vacillantes, offrant d’ailleurs de surprenants parallèles avec notre époque. Alors que le Christianisme prônait le renoncement, le culte de Mithra exaltait au contraire la plénitude consécutive au devoir accompli, le courage, l’amitié. En second lieu, le Mithraïsme véhiculait une spiritualité, une symbolique qui, à mon sens, peuvent encore parler aux hommes d’aujourd’hui.
A : UN EXEMPLE ?
C : Les mithraea étaient des temples solaires souterrains, le mythe de Mithra tournant autour du thème du Soleil et de la caverne. Or nos chercheurs contemporains étudient le Soleil en plaçant leurs détecteurs de neutrinos… sous les montagnes, par exemple au Gran Sasso, en Italie précisément.
A : RÉACTIVER LE MITHRIACISME, N’EST-CE PAS ANACHRONIQUE ?
C : Le Mithraïsme n’est pas aussi anachronique qu’on peut le supposer puisque vous savez que le Dieu a encore des adeptes en Iran et surtout en Inde, par le Mazdéisme.
Néanmoins se pose le problème de la liturgie, dont nous ne savons presque rien… sinon qu’elle était splendide. Ce problème existe d’ailleurs pour toutes les liturgies païennes antiques, qui furent éliminées (ou récupérées !) au cours des siècles par les multiples églises chrétiennes.
À défaut d’être fidèle à la lettre, nous pouvons tenter d’être fidèles à l’esprit des rites. Nous ne prétendons nullement, contrairement à certains druides modernes, à aucune filiation initiatique (même si nous avons cherché en vain durant des années de tels « relais »). Plus modestement, nous expérimentons les « techniques » les plus aptes à faire jaillir le Sacré, toujours en nous inspirant autant que possible de ce qui se faisait jadis.
A : PROCÉDEZ-VOUS À DES INITIATIONS ?
C : Cela nous est arrivé, mais uniquement à la demande des candidats. L’impétrant doit passer avec succès des épreuves physiques, psychiques, ainsi qu’un contrôle des connaissances. Je précise que chaque épreuve a d’abord été expérimentée, entre autres, sur ma personne, avant d’être proposée.
Indépendamment de leur valeur religieuse, je pense que de telles épreuves sont un bon moyen de connaître ses propres limites, et, conséquemment, de se réaliser : c’est ce que Jung appelait l’individuation.
A : QU’EN EST-IL DU FAMEUX TAUROBOLE, LE SACRIFICE DU TAUREAU ?
C : Comme nombre de cultes antiques, le Mithraïsme avait conservé des rites sanglants hérités d’un lointain passé. Ces sacrifices sanglants étaient déjà critiqués par des Païens de l’Antiquité : on aurait donc tort d’opposer les Païens, souillés de sang, à d’immaculés Chrétiens, qui, de fait, ont aussi pratiqué des sacrifices (les bûchers de l’Inquisition, la chasse aux hérétiques et aux sorcières, etc…).
Notre époque, me semble-t-il, n’a plus besoin de tels rites pour « sustenter » sa spiritualité, qui est plus austère.
Au demeurant, je vous rappelle que le taurobole était surtout pratiqué… dans le culte de Cybèle et d’Attis à l’époque romaine. Il semble toutefois que le culte métroaque n’ait pas eu le monopole de ce sacrifice particulier dont l’origine (les rives de la Mer Noire ?) est mal connue.
Il s’agissait en fait d’imprégner l’initié, sans doute un prêtre de haut rang, du sang du taureau : l’homme descendu dans une fosse couverte d’un plancher troué, était aspergé du liquide vital d’un taureau égorgé au-dessus de lui. Les archéologues ont découvert une série d’autels tauroboliques… au Vatican notamment, devant l’actuelle Basilique Saint-Pierre, ce qui est pour le moins piquant. Vatican vient d’ailleurs du latin vates, le devin (cf. vaticiner) ! En effet, seule la déesse Cybèle pouvait, par la voix de son grand-prêtre, ordonner le taurobole. Le dies sanguinis, le Jour du Sang était célébré le 24 mars, fête du printemps fort populaire en Gaule, où le culte métroaque cohabite avec celui des Mères locales. Mais à la fin de l’Antiquité, les initiés au culte phrygien sont souvent des mithriastes convaincus : voyez l’empereur Julien, auteur d’un Discours sur la Mère des Dieux.
Enfin, l’archéologie nous montre que bien d’autres animaux (porcs, moutons, volailles) étaient consommés lors des repas rituels (probablement mensuels).
Peut-être un tel sacrifice avait-il lieu pour célébrer la naissance du Dieu pétrogène, au solstice d’hiver (aujourd’hui Noël) et lors de l’initiation d’impétrants mais les textes sont peu clairs à ce sujet.
A : QUELLE EST VOTRE DIVINITÉ TUTÉLAIRE ?
C : Elle est syncrétique : Apollon-Hélios-Mithra.
A : CROYEZ-VOUS RÉELLEMENT À L’EXISTENCE DES DIEUX, ET DE MITHRA EN PARTICULIER ?
C : Cette question, souvent posée, me semble indécente : demande-t-on à un Chrétien pratiquant s’il « croit réellement à son Dieu, au Christ, au Saint-Esprit » ? Si je réponds oui, je risque de passer pour un doux illuminé, si je réponds non, pour un farceur. Je me bornerai donc à répondre que chacun peut constater l’existence du Soleil, sans lequel nous ne serions pas là pour poser ce genre de questions.
Ajoutons que pour un Païen, antique ou moderne, « croire » ou « ne pas croire » est un faux dilemme, imposé par le Judéo-Christianisme (un seul Dieu ou pas de Dieu).
A : COMMENT VOUS EST VENU VOTRE IDÉAL SOLAIRE ?
C : Cette prise de conscience m’est venue graduellement, par une série de révolutions intérieures (au sens grec de metanoïa). Élevé dans le Catholicisme, je passais pour très pieux eu égard à ma concentration aux offices. Mais j’étais déçu, à l’époque, de ne pouvoir mieux sentir Dieu dans le cadre de l’Église. À quinze ans, j’ai découvert l’astronomie, et une extraordinaire attirance pour le Cosmos. J’étais alors incapable d’analyser cette « soif d’Univers » ; ce n’est que des années après que je me suis rendu compte qu’elle était de nature religieuse. Parallèlement, j’ai commencé à chercher ma voie dans d’autres religions que le Christianisme. L’Islam m’a d’abord séduit par son mysticisme et son exigence de pureté : cinq prières quotidiennes, ramadan,… Mais j’ai rapidement compris qu’une religion est indissociable d’un peuple. Or le peuple de l’Islam n’est pas le mien. Après une incursion vers le Bouddhisme, fondé lui par Siddhartha Gautama, prince aryen, j’ai connu un autre grand choc à 21 ans à la lecture de l’essai de Jean Mabire, Thulé, le Soleil retrouvé des Hyperboréens. J’ai su d’emblée que je venais de trouver la Voie, ma voie. Les trois questions fondamentales trouvaient enfin une réponse :
« D’où viens-tu ? » Du Soleil.
« Qui es-tu ? » Un Indo-Européen.
« Que veux-tu ? » Rétablir le culte du Soleil.
A : COMMENT DÉFINIRIEZ-VOUS CETTE FORME DE SPIRITUALITÉ ?
C : Pour résumer, je me définis comme un héliolâtre panthéiste.
Apollon-Hélios-Mithra est à la fois Dieu, l’Univers et le Soleil, forme tangible sous laquelle nous pouvons l’adorer. Contrairement à ce que pensent les ignorants qui voient dans le culte solaire une régression vers une idolâtrie primitive, celui-ci débouche sur des conceptions très élevées, telles celles exprimées par l’empereur Julien dans son « Discours sur Hélios-Roi ». Citons aussi l’Hymne au Soleil du néoplatonicien Proclus…
A : S’AGIT-IL D’UNE RELIGION UNIVERSALISTE ?
C : Le Soleil est un symbole universel, tout comme l’eau, la terre, etc… Ces symboles apparaissent dans les mythes de tous les peuples. Le culte solaire n’est pas universaliste au sens où l’image du Dieu-Soleil que se fait chaque peuple tient à sa culture. Le culte solaire est donc un paganisme, au sens où il s’enracine dans la tradition de chaque « pagus », de chaque pays, de chaque terroir. Il l’est également dans la mesure où il n’exclut nullement les autres Dieux (polythéisme).
A : SOMMES-NOUS À LA VEILLE D’UNE RENAISSANCE SOLAIRE ?
C : Pour répondre à votre question, je citerai le vers célèbre de Virgile tiré des Bucoliques (IV, 10) : « casta, fave, Lucina : tuus iam regnat Apollo ». Ce que je traduirais librement par « Favorise la naissance de cet enfant, chaste Lucine (déesse des accouchements) : déjà règne ton cher Apollon ».
Nous sommes en effet de plus en plus nombreux à savoir que le Soleil reviendra…
A : NOUS VOUS REMERCIONS POUR CET ENTRETIEN.